LE TOUCHER

La symbolique mythologique

Le symbolisme de cette scène montre l'image d'Athéna sortie armée du crâne de Zeus, la lance à la main et l'Egide, son bouclier en poils de chèvre, au côté. La Dame touche à la fois la lance et la corne de la licorne afin de signifier le "Toucher". Dans sa main droite, elle tient la lance française d'Antoine LE VISTE et dans sa main gauche la lance d'Angleterre figurée par la corne de la Licorne. Ainsi se trouve transcendée par l'animal qui le ceint, l'écu d'Antoine le Viste.


 

Ici, la licorne, de tradition à corps de cheval, est représentée avec le corps d'une chèvre aux longs poils (Amalthée, la chèvre qui a nourri Zeus et dont il a donné la peau à sa fille Athéna pour en faire la terrible Egide). Mary est représentée non seulement en déesse guerrière responsable de ce conflit, mais également se dressant entre les belligérants pour les séparer. Athéna était à la fois féroce déesse guerrière et déesse de la sagesse et de la raison. Quant à l'autre écu d'Antoine LE VISTE, à la droite de Mary, il est transcendé par la crinière anormalement développée du Lion tenant d'armoiries. Sur aucune autre tapisserie de la Dame, les Lions ne sont à ce point velus.

Dans cette tapisserie, la Licorne symbolise Henry VIII, le Lion symbolise Charles-Quint. La tête de ce Lion est la caricature même du visage de Charles-Quint. Il suffit de comparer la tête de ce lion avec n'importe quel portrait de l'Empereur pour être frappé par la ressemblance.

Cette tenture n'a pas pu être exécutée avant l'année 1500, date de la mort de Jean LE VISTE, auquel on attribue la paternité des tapisseries, puisque Charles-Quint est né cette même année 1500.

Le visage de Mary a sur cette tapisserie du "Toucher" une très grande différence morphologique avec les autres visages de la Dame. Quelqu'un d'autre lui a prêté ses traits. Sinon, il manquerait un quatrième personnage sur cette tapisserie : le Connétable de Bourbon. Anne de Bourbon, marraine, belle-mère et protectrice de Charles III de Bourbon, a donc prêté ses traits à Mary. On peut comparer ce visage avec celui d'un portrait d'Anne de Bourbon qui est au Louvre.


Athéna avait cette possibilité, qu'en connaissance de cause le peintre a employé, de changer ses traits. Elle s'était transformée en vieille femme dans la querelle d'Arachynée. Elle avait pris les traits de Mentor pour protéger Ulysse et Télémaque, son fils.

Mary, plutôt genre "poupée d'amour", ne convenait guère pour l'emploi. Anne de Bourbon venait de mourir peu d'années avant la création de cette tapisserie et Perréal, (le mystérieux Maître de Moulins ?) dut en avoir beaucoup de tristesse. Il avait beaucoup travaillé pour celle qu'on appelait alors "Madame Grande", "la femme de guerre et de paix, celle qui est toujours droite comme une lance", termes qui conviennent bien pour Athéna.

 

C'était aussi l'occasion de lui rendre un dernier hommage. Certains détails vestimentaires dont est parée la déesse se retrouvent sensiblement identiques sur l'une des statues de Jean de Chartres, Sainte Suzanne, à l'effigie de la fille d'Anne de Bourbon, dont le maître de Moulins à peint le portrait dans le triptyque de cette ville. Cette statue, avec celles de Saint-Pierre et de Sainte-Anne, coiffait autrefois l'une des tours du château de Chantelle, résidence favorite d'Anne de Bourbon. Et notre peintre ne l'ignorait certainement pas.

Anne de Bourbon

 

 

 

 

Louise de Savoie

Des rapports étroits ont existé entre Anne de Bourbon et Mary d'Angleterre. Louis XII fit appel à sa "vieille complice" pour enseigner les bonnes manières françaises à la jeune Princesse anglaise. Il la fit venir de Moulins pour vivre à la Cour. De solides liens d'amitié s'étaient formés entre ces deux femmes. L'une et l'autre avaient un intérêt vital pour les renforcer, si besoin était ; elles avaient toutes deux à lutter contre une ennemie commune : Louise de Savoie.

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