LES COIFFURES
Le style de certaines des coiffures des Dames, du type oriental de la "Vue", l'Ouïe" ou "A Mon Seul Désir", loin d'ajouter au mystère de ces tapisseries, peuvent aider à leur datation.
Dans la tenture "A Mon Seul Désir", les personnages représentés sont incontestablement de " type " européen. Cependant, les coiffures sont typiquement orientales. Emergence du " gothique " sur la mode, à la manière de la décoration de certaines ouvertures dans les édifices de cette époque ? Il y a une certaine similitude entre le style de ces coiffures et celui de certains rinceaux sculptés de voûtes, poternes, lucarnes de châteaux et d'hôtels particuliers de ce temps. Sur des tapisseries du XVème siècle, des coiffures du même style existent : Judith, Pénélope, de la série des " Femmes célèbres ", Persée...
C'est cette similitude qui contraint bien des "historiens " à confiner " La Dame à la Licorne " dans cette fin de XVème siècle. Voilà pourquoi l'identification de ce chef-d'œuvre n'a jamais progressé jusqu'à ce jour. Dès l'instant où des tapisseries ont des fonds à fleurettes, des animaux, des coiffures à l'orientale, elles étaient et sont toujours irrémédiablement rejetées dans le XVème siècle. Pour les fonds à fleurettes, si bien ordonnés, nous sommes en présence d'un gothique flamboyant. Le début du XVIème siècle n'a pas été, comme certains semblent le croire, une muraille infranchissable pour les artistes de transition. Au contraire, pour certains d'entre eux, cela s'est avéré même être une apothéose.

Nous en avons un témoignage par de nombreux monuments : Saint-Jacques de la Boucherie commencée en 1509 et terminée en 1523 en est à Paris un des plus beaux fleurons.

Une étude des coiffures des autres tentures et des miniatures montre une analogie intéressante entre toutes ces femmes. Elles sont toutes des femmes de l'Antiquité ou issues de sa mythologie. Les artistes de cette époque, entravés par la morale religieuse et ses répressions, ne pouvaient que les assimiler à des Infidèles. Seule la Vierge et les Saintes n'ont jamais été représentées parées d'une telle coiffure. Elles eussent été assimilées à des Infidèles !

En définitive, si ces tapisseries avaient été conçues dans le dernier quart du XVème siècle, le peintre n'aurait certainement pas eu encore la témérité de représenter des femmes européennes avec de telles coiffures, si tentantes par leur originalité. Une telle audace n'avait été permise que par un brusque recul de la puissance de l'Eglise et de son pouvoir de répression. Elle n'avait été concevable que par l'abandon de sa censure sur les créations artistiques, sans doute trop occupée qu'elle était en ce temps par les conflits qui menaçaient son autorité jusqu'à Rome même. En ce début du XVIème siècle, le pouvoir spirituel et temporel de l'Eglise n'émouvait plus guère les artistes encouragés et protégés dans des commandes d'œuvres profanes par ces nouveaux souverains, enfants terribles et tapageurs, couronnés dans la force de leurs vingt ans sous l'éclatant soleil de la Renaissance. Et ce qui était valable pour les rois et les princes le devenait aussitôt pour les nobles et les riches bourgeois.

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